Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Il brûle ses feuilles mortes au fond du jardin un samedi d'octobre : une heure plus tard, un agent municipal frappe au portail

Il brûle ses feuilles mortes au fond du jardin un samedi d’octobre : une heure plus tard, un agent municipal frappe au portail

Le râteau grinçait sur le gravier de l'allée, et l'odeur d'humus montait des feuilles mouillées. Il était dix heures, ce samedi d'octobre, au fond d'un jardin de Dordogne, près de Thiviers. Bernard, 64 ans, a craqué une allumette, protégé la flamme de sa main, puis regardé la première volute grise s'élever au-dessus des noyers.

Il programme son ballon d'eau chaude à 22 heures depuis vingt ans : cet automne, sa facture monte sans qu'il ait touché à rien

Il programme son ballon d’eau chaude à 22 heures depuis vingt ans : cet automne, sa facture monte sans qu’il ait touché à rien

Il est 21 h 58, et dans le cellier de la maison de Bernard, à quelques kilomètres de Chartres, le ballon d'eau chaude attend son signal. Un léger claquement sec, venu du tableau électrique, puis un ronronnement sourd qui monte dans le tuyau de cuivre. Bernard, 67 ans, éteint la lumière du couloir. Depuis vingt ans, ce petit bruit veut dire que tout va bien.

Elle découvre une tache jaune au plafond de sa cuisine à Toulouse : la fuite vient d'en haut, mais c'est son assureur qui ouvre le dossier

Elle découvre une tache jaune au plafond de sa cuisine à Toulouse : la fuite vient d’en haut, mais c’est son assureur qui ouvre le dossier

Il était sept heures dix, un mardi de février, et la bouilloire commençait à siffler sur le plan de travail. Nadia a levé les yeux pour attraper une tasse sur l'étagère. Au-dessus de l'évier, juste à côté du spot, une auréole jaunâtre de la taille d'une assiette dessinait ses contours sur la peinture blanche. Elle a posé la tasse, sans bruit, et elle a regardé longtemps.

Il purge tous ses radiateurs un samedi d'octobre près de Limoges : le lendemain, celui de la chambre du haut reste froid comme une pierre

Il purge tous ses radiateurs un samedi d’octobre près de Limoges : le lendemain, celui de la chambre du haut reste froid comme une pierre

Le samedi matin, près de Limoges, la maison sentait encore le café et la poussière chaude. Gérard avait posé une serpillière pliée sous le premier radiateur du salon, une petite clé carrée entre les doigts. Il était dix heures, la pluie d'octobre tapotait contre la baie vitrée. Il tourna d'un quart de tour, et le sifflement de l'air s'échappa, aigre et familier.

Elle emménage dans une maison près d'Épernay avec son shampoing de toujours : trois semaines plus tard, ses cheveux craquent sous la brosse

Elle emménage dans une maison près d’Épernay avec son shampoing de toujours : trois semaines plus tard, ses cheveux craquent sous la brosse

Il était sept heures, et la buée couvrait encore le miroir de la petite salle de bains. Claire passa la brosse dans ses cheveux mouillés, et la brosse accrocha, comme sur de la paille. Dehors, un tracteur remontait le chemin des vignes, au-dessus d'Épernay. Elle tira une mèche devant ses yeux, la frotta entre deux doigts, et sentit sous la pulpe un grain sec qu'elle ne connaissait pas.

Elle ouvre à un artisan qui propose de démousser son toit le jour même : le soir, son chèque de 900 euros est déjà parti

Elle ouvre à un artisan qui propose de démousser son toit le jour même : le soir, son chèque de 900 euros est déjà parti

Il était un peu plus de dix heures, ce mardi d'octobre, et la bouilloire venait de claquer dans la cuisine de Monique. Dehors, sur les ardoises de sa maison de Saint-Brieuc, la mousse verte luisait sous une pluie fine. Puis la sonnette a retenti, deux coups brefs, et un homme en blouson orange souriait déjà derrière la vitre dépolie.

Il rapporte le lendemain ses chaussures neuves dans une boutique de Reims : le vendeur montre une affichette et refuse le remboursement de 129 euros

Il rapporte le lendemain ses chaussures neuves dans une boutique de Reims : le vendeur montre une affichette et refuse le remboursement de 129 euros

Il était neuf heures et quart, rue de Vesle, et le rideau métallique de la boutique finissait à peine de remonter dans un grincement. Thierry tenait la boîte en carton sous le bras, le ticket plié en quatre dans la poche de sa veste. Il avait mal dormi, les chaussures posées sur la commode, et il voulait seulement récupérer ses cent vingt-neuf euros.

Elle colle cinq résolutions de rentrée sur son frigo à Lyon : le 8 octobre, il n'en reste plus une seule qu'elle tient encore

Elle colle cinq résolutions de rentrée sur son frigo à Lyon : le 8 octobre, il n’en reste plus une seule qu’elle tient encore

Le premier dimanche de septembre, vers dix-neuf heures, Camille décolle un post-it jaune du bloc avec un petit claquement sec. Dans sa cuisine de la Croix-Rousse, la fenêtre est ouverte sur les pentes et le bruit des terrasses monte jusqu'au quatrième étage. Elle écrit au feutre noir, appuie fort, puis colle le carré sur la porte du frigo, juste sous l'aimant en forme de citron.

Il coupe son téléphone professionnel chaque soir à 19 heures à Toulouse : son manager lui écrit encore à 22 heures et s'étonne du silence

Il coupe son téléphone professionnel chaque soir à 19 heures à Toulouse : son manager lui écrit encore à 22 heures et s’étonne du silence

Il est 19 heures passées de deux minutes, et la lumière orange de septembre traîne encore sur les toits de Saint-Cyprien. Dans la cuisine, une casserole d'eau commence à frémir. Julien pose son téléphone professionnel sur l'étagère, à côté du pot de sel, maintient le bouton enfoncé et attend la petite vibration. L'écran devient noir. Il souffle, comme quelqu'un qui retire enfin des chaussures trop serrées.

Ils bâchent leur camping-car au fond du jardin près de Chartres : au printemps, une odeur de moisi et une batterie qui refuse de charger

Ils bâchent leur camping-car au fond du jardin près de Chartres : au printemps, une odeur de moisi et une batterie qui refuse de charger

Un samedi de novembre, vers dix heures, la pelouse craquait encore de givre derrière la maison de Lèves, près de Chartres. Gérard tirait sur une corde élastique, Martine maintenait l'autre coin de la grande bâche bleue. Le plastique claquait au vent comme une voile. Le camping-car disparaissait peu à peu sous la toile, bien serré, bien à l'abri, croyaient-ils.

Elle vend sa vieille Twingo rouge à un jeune voisin de Nancy : deux mois plus tard, un flash à Metz arrive à son nom

Elle vend sa vieille Twingo rouge à un jeune voisin de Nancy : deux mois plus tard, un flash à Metz arrive à son nom

Un samedi de mars, vers dix heures, le moteur de la Twingo toussait encore un peu au démarrage dans la rue de Monique, à Nancy. Elle tenait les clés dans une main et une feuille quadrillée dans l'autre. En face, Yanis, vingt ans, souriait en comptant les billets sur le capot. Le chat du voisin observait la scène depuis le muret.

Il vend le studio de sa mère à Perpignan avec une belle plus-value : deux ans plus tard, sa CSG sur la pension n'a pas bougé

Il vend le studio de sa mère à Perpignan avec une belle plus-value : deux ans plus tard, sa CSG sur la pension n’a pas bougé

Le ventilateur du plafond tournait lentement au-dessus de la table de la cuisine, à Perpignan, un mardi de juin vers dix heures. Gérard, 68 ans, avait étalé devant lui son relevé de pension, une calculatrice à piles et un stylo mâchonné. Dehors, un voisin arrosait ses lauriers. Il cherchait une ligne précise, celle de la CSG, persuadé qu'elle allait bientôt changer.

Elle quitte sa maison de Cognac pour vivre chez Bernard : sa pension de réversion de base fond, mais celle de l'Agirc-Arrco ne bouge pas d'un euro

Elle quitte sa maison de Cognac pour vivre chez Bernard : sa pension de réversion de base fond, mais celle de l’Agirc-Arrco ne bouge pas d’un euro

Le camion de déménagement avait reculé jusqu'au portail vers dix heures, dans un grincement de gravier. Monique tenait un carton de vaisselle contre sa poitrine, celui où elle avait écrit « fragile » au feutre rouge. Derrière elle, la maison de Cognac sonnait déjà creux. Bernard, lui, attendait sur le seuil de sa longère de Jarnac, les mains dans les poches, un peu intimidé.

Il entend son ballon d'eau chaude démarrer à 14 heures dans sa maison de Nîmes : l'électricien démonte le contacteur et ne trouve rien

Il entend son ballon d’eau chaude démarrer à 14 heures dans sa maison de Nîmes : l’électricien démonte le contacteur et ne trouve rien

Il était un peu plus de quatorze heures, les volets à demi tirés contre la chaleur de Nîmes. Dans le cellier, derrière la porte en bois, un claquement sec a retenti, puis ce ronronnement léger que Bernard connaissait par cœur. Il a levé les yeux de son journal, la tasse de café encore tiède dans la main. À cette heure-là, le ballon n'avait aucune raison de se réveiller.

Elle rapporte à Mulhouse un aspirateur encore emballé, acheté la veille : le vendeur refuse le remboursement et lui montre une phrase sur le ticket

Elle rapporte à Mulhouse un aspirateur encore emballé, acheté la veille : le vendeur refuse le remboursement et lui montre une phrase sur le ticket

Il était neuf heures dix, un mardi de mars, et la pluie fine collait aux vitres du magasin d'électroménager de la zone commerciale de Mulhouse. Martine a poussé la porte avec l'épaule, le grand carton calé contre sa hanche, le ticket plié dans la poche de son manteau. Le carillon a sonné. Au comptoir, un vendeur en polo bleu a levé les yeux de son écran.

Il vide ses gouttières chaque automne sous le chêne du voisin à Limoges : la loi l'autorise à faire couper les branches, pas à se plaindre des feuilles

Il vide ses gouttières chaque automne sous le chêne du voisin à Limoges : la loi l’autorise à faire couper les branches, pas à se plaindre des feuilles

Un samedi de novembre, vers dix heures, l'échelle d'aluminium grinçait contre la façade. Bernard, 64 ans, avait les mains plongées dans une bouillie brune de feuilles de chêne, froides et collantes. En bas, le seau se remplissait dans un bruit mou. Au-dessus de lui, les branches du grand chêne voisin oscillaient doucement, comme si rien de tout cela ne les concernait.

Il remplace sa chaudière fioul par une pompe à chaleur près de Colmar : en janvier, ses radiateurs en fonte restent tièdes jour et nuit

Il remplace sa chaudière fioul par une pompe à chaleur près de Colmar : en janvier, ses radiateurs en fonte restent tièdes jour et nuit

Six heures et demie, un matin de janvier, à Wintzenheim, près de Colmar. Dehors, le givre blanchit les vignes et le thermomètre de la terrasse affiche moins six. Gérard pose la main sur le radiateur en fonte du salon, sous la fenêtre. Il est à peine tiède. Derrière la maison, le ventilateur de la pompe à chaleur ronronne sans relâche, comme depuis la veille au soir.

Elle découvre une auréole jaune au plafond de sa cuisine à Lille : c'est son propre assureur, pas celui du voisin, qui ouvre le dossier

Elle découvre une auréole jaune au plafond de sa cuisine à Lille : c’est son propre assureur, pas celui du voisin, qui ouvre le dossier

Il est sept heures moins le quart, rue de Wazemmes, à Lille. Sylvie pose sa tasse sur la table de la cuisine et lève les yeux, sans raison particulière. Au-dessus de la hotte, une forme pâle s'est dessinée sur la peinture blanche, comme une carte de géographie mal tracée. Un petit claquement sec résonne dans le silence, puis plus rien.

Il retrouve un carnet de livret ouvert à Caen en 2012 : au guichet, la conseillère lui annonce un solde à zéro euro

Il retrouve un carnet de livret ouvert à Caen en 2012 : au guichet, la conseillère lui annonce un solde à zéro euro

Le carton sentait le grenier et la poussière tiède, posé sur la table de la cuisine un samedi vers onze heures. Thierry soulevait des factures jaunies quand un petit carnet bleu a glissé entre deux enveloppes et claqué sur le carrelage. Sur la couverture, le logo d'une agence de Caen. À l'intérieur, une dernière ligne tamponnée en 2013, et un chiffre qu'il avait complètement oublié.

Il commande une friteuse sans air sur une grande plateforme en ligne : huit jours plus tard, le vendeur refuse de lui rembourser le moindre euro

Il commande une friteuse sans air sur une grande plateforme en ligne : huit jours plus tard, le vendeur refuse de lui rembourser le moindre euro

Il était un peu plus de dix-neuf heures, ce mardi de novembre, et la cuisine sentait encore le carton neuf. Sur le plan de travail, la friteuse sans air ronronnait doucement, son ventilateur soufflant une chaleur sèche. Julien, 41 ans, a ouvert le tiroir, secoué les frites du bout des doigts, puis froncé les sourcils devant ce panier à moitié cuit.

Ils prennent leur retraite à un mois d'écart à Saint-Malo : en octobre, ils se disputent chaque jour pour midi et la télécommande

Ils prennent leur retraite à un mois d’écart à Saint-Malo : en octobre, ils se disputent chaque jour pour midi et la télécommande

Midi dix, la marée montait contre les remparts et la cocotte chuintait sur le feu. Annick, 63 ans, tenait la louche au-dessus de la soupe quand Gérard est entré dans la cuisine, la télécommande encore à la main. Il a soulevé le couvercle, a soupiré, puis a dit qu'il n'avait pas faim avant une heure. La louche est retombée dans la casserole avec un bruit sec.

Il part à la Toussaint vers sa maison du Cantal en pneus été : un panneau rond à l'entrée du village l'arrête net sur le bas-côté

Il part à la Toussaint vers sa maison du Cantal en pneus été : un panneau rond à l’entrée du village l’arrête net sur le bas-côté

Le moteur de la Mégane ronronnait au ralenti, un vendredi d'octobre, vers sept heures du matin. Gérard, 64 ans, glissait la dernière glacière dans le coffre pendant que Monique cherchait ses lunettes sur le buffet de l'entrée. Dehors, sur le parking de la résidence à Clermont-Ferrand, le pare-brise était couvert d'une buée tiède. La maison du Cantal les attendait, comme chaque Toussaint.

Il découvre une flaque sous son camping-car garé près d'Annecy : aucune fuite, et le réservoir d'eau chaude complètement vide au matin

Il découvre une flaque sous son camping-car garé près d’Annecy : aucune fuite, et le réservoir d’eau chaude complètement vide au matin

Il était sept heures passées, la buée couvrait encore le pare-brise, et le lac d'Annecy fumait doucement sous un ciel pâle. Gérard a ouvert la porte du camping-car, une tasse de café dans la main, ses chaussons glissés sur le marchepied givré. Il a fait deux pas sur le gravier. C'est là qu'il a senti le sol mouillé sous sa semelle, juste derrière la roue arrière.

Elle achète une longère dans le Perche et ferme le chemin du pré : le voisin brandit trente ans de passage et réclame son droit

Elle achète une longère dans le Perche et ferme le chemin du pré : le voisin brandit trente ans de passage et réclame son droit

Le portail tenait enfin debout, ses deux battants de châtaignier encore pâles dans la lumière de sept heures. Claire, 54 ans, serrait la dernière vis, les doigts engourdis par la rosée d'octobre. Derrière la haie, un moteur de tracteur a toussé, puis s'est arrêté net. Elle a levé les yeux. Jean-Paul, le voisin, la regardait sans un mot, la casquette relevée.