Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle remplace son après-shampoing par un pot d'huile de coco pure : trois semaines plus tard, ses cheveux fins cassent net au premier coup de peigne

Elle remplace son après-shampoing par un pot d’huile de coco pure : trois semaines plus tard, ses cheveux fins cassent net au premier coup de peigne

Il est sept heures dix, la salle de bains de Claire sent encore la vapeur et le savon. Elle passe le peigne en corne dans ses cheveux mouillés, comme chaque matin. Un petit craquement sec, presque inaudible, puis un deuxième. Sur le lavabo blanc, une poignée de brins courts se dépose en éventail, et elle reste là, le peigne suspendu.

Elle s'installe à Tours et réclame sa coloration de toujours : la nouvelle coiffeuse pose un coton derrière son oreille et la renvoie chez elle

Elle s’installe à Tours et réclame sa coloration de toujours : la nouvelle coiffeuse pose un coton derrière son oreille et la renvoie chez elle

Le carton marqué « salle de bains » trônait encore au milieu du couloir, ouvert sur une pile de serviettes. Il était neuf heures, un mardi d'octobre, et la pluie fine de Tours tapotait contre la fenêtre du deux-pièces. Claire, 47 ans, s'est penchée vers le miroir, a écarté une mèche du bout des doigts. Trois centimètres de racines grises la regardaient.

Il achète une perceuse affichée moins 40 % dans une grande enseigne de bricolage : un mois plus tôt, elle coûtait exactement le même prix

Il achète une perceuse affichée moins 40 % dans une grande enseigne de bricolage : un mois plus tôt, elle coûtait exactement le même prix

Le parking de l'enseigne de bricolage sentait le bitume chaud, ce samedi de mai, vers dix heures. Gérard poussait un chariot dont une roue grinçait à chaque mètre. Devant l'entrée, une palette de cartons orange portait une étiquette jaune, énorme, impossible à rater. Moins 40 %. Il s'est arrêté net, a posé la main sur la boîte, et a souri comme un homme qui vient de gagner quelque chose.

Elle fait réparer son lave-linge sous garantie à vingt mois : cinq mois plus tard, le magasin lui dit que tout est terminé

Elle fait réparer son lave-linge sous garantie à vingt mois : cinq mois plus tard, le magasin lui dit que tout est terminé

Il était un peu plus de sept heures, un mardi de février, et la buanderie sentait encore la lessive à la lavande. Nadine a appuyé sur le bouton de départ, entendu le petit bip habituel, puis plus rien. Le tambour est resté immobile, plein de draps mouillés. Sur l'écran, un code d'erreur clignotait, le même que celui d'il y a cinq mois.

Il s'offre chaque après-midi une sieste d'une heure et demie depuis sa retraite : trois mois plus tard, il compte encore les heures à deux heures du matin

Il s’offre chaque après-midi une sieste d’une heure et demie depuis sa retraite : trois mois plus tard, il compte encore les heures à deux heures du matin

Le volet roulant descendait à moitié dans un grincement familier, il était quinze heures dix. Gérard posait ses lunettes sur la table de nuit, tirait le plaid à carreaux jusqu'aux épaules et écoutait la tondeuse du voisin s'éloigner. Dans la cuisine, le réfrigérateur ronronnait. Depuis sa retraite, ce moment était devenu sacré, une heure et demie rien qu'à lui, sans réveil.

Il achète un camping-car d'occasion de 3,5 tonnes pour sa retraite : sur la balance d'une aire de pesée, l'aiguille affiche 300 kilos de trop

Il achète un camping-car d’occasion de 3,5 tonnes pour sa retraite : sur la balance d’une aire de pesée, l’aiguille affiche 300 kilos de trop

Le jerrican gargouillait encore quand Gérard a refermé la trappe du réservoir, un matin de juin, à sept heures, dans l'allée de sa maison de Saumur. Les deux vélos électriques cliquetaient sur leur support arrière. Martine pliait le dernier torchon dans le placard du haut. Le camping-car, acheté d'occasion au printemps, semblait prêt, lourd et rassurant comme une petite maison posée sur quatre roues.

Elle relit ses mails de travail chaque dimanche soir pour être tranquille : depuis la rentrée, c'est la seule nuit où elle ne dort plus

Elle relit ses mails de travail chaque dimanche soir pour être tranquille : depuis la rentrée, c’est la seule nuit où elle ne dort plus

Le lave-vaisselle ronronnait dans la cuisine, la lampe du salon jetait un rond jaune sur le canapé. Il était 21 h 10, un dimanche de septembre. Claire a tiré son ordinateur portable sur ses genoux, comme chaque semaine, et le petit son de connexion a retenti. Quarante-trois messages non lus. Elle a soupiré, presque soulagée de s'y mettre.

Il prête sa vieille Peugeot à son petit-fils pour un week-end à Annecy : trois semaines plus tard, un avis de radar arrive à son nom

Il prête sa vieille Peugeot à son petit-fils pour un week-end à Annecy : trois semaines plus tard, un avis de radar arrive à son nom

Le café refroidissait dans la tasse ébréchée, et la radio de la cuisine parlait de la météo en Savoie. Il était dix heures passées quand Gérard a entendu le clapet de la boîte aux lettres claquer contre le portail. Il a enfilé ses chaussons, traversé l'allée de gravier. Entre une publicité de supermarché et la facture d'eau, une enveloppe blanche à fenêtre portait un tampon qu'il ne connaissait pas.

Il quitte l'usine après quarante-deux ans de travail : début novembre, son compte bancaire n'a toujours pas reçu un seul euro de pension

Il quitte l’usine après quarante-deux ans de travail : début novembre, son compte bancaire n’a toujours pas reçu un seul euro de pension

Le lundi 3 novembre, vers sept heures, la cafetière crachotait sur le plan de travail et la pluie tapait contre la fenêtre de la cuisine. Alain, 63 ans, tenait son téléphone à deux mains, les lunettes remontées sur le front. Il fit défiler l'application de sa banque une fois, puis une deuxième. Entre le prélèvement de l'assurance et celui de l'électricité, aucune pension n'était arrivée.

Il donne 20 000 euros à sa petite-fille pour son premier appartement : le notaire lui parle aussitôt de déclaration et de droits de donation

Il donne 20 000 euros à sa petite-fille pour son premier appartement : le notaire lui parle aussitôt de déclaration et de droits de donation

Le stylo a crissé sur le papier, un peu trop fort dans le silence de la cuisine. Henri, 81 ans, a soufflé sur l'encre comme on le faisait autrefois, puis il a détaché le chèque d'un geste lent. Dehors, la pluie de novembre tapait contre la véranda. Sur la toile cirée, la tasse de café refroidissait. Vingt mille euros, pour Camille, pour son premier appartement.

Elle vaporise du shampoing sec chaque matin depuis deux ans pour gagner du temps : en novembre, des plaques blanches tapissent la raie de ses cheveux

Elle vaporise du shampoing sec chaque matin depuis deux ans pour gagner du temps : en novembre, des plaques blanches tapissent la raie de ses cheveux

La bombe a sifflé deux fois, puis une troisième, dans la petite salle de bains encore froide. Il était six heures quarante, la buée n'avait pas eu le temps de se former sur le miroir. Camille a frotté ses racines du bout des doigts, a secoué la tête, et une fine poussière blanche est retombée sur le rebord du lavabo, comme chaque matin depuis deux ans.

Il installe une caméra sur sa façade après le cambriolage de sa rue : quinze jours plus tard, son voisin lui envoie une lettre recommandée

Il installe une caméra sur sa façade après le cambriolage de sa rue : quinze jours plus tard, son voisin lui envoie une lettre recommandée

Il était sept heures moins le quart, un samedi d'octobre, et l'escabeau grinçait sur les pavés humides de l'allée. Didier tenait la perceuse d'une main, la petite caméra blanche de l'autre, le café refroidissant sur le muret. Dans la rue, une voiture démarrait au ralenti. Trois maisons plus loin, la porte des Ferrand portait encore la trace des pieds-de-biche.

Elle achète une longère en Mayenne avec deux hectares de pré : chaque matin à sept heures, le tracteur du voisin traverse son herbe

Elle achète une longère en Mayenne avec deux hectares de pré : chaque matin à sept heures, le tracteur du voisin traverse son herbe

Il était sept heures dix, la bouilloire commençait à siffler sur la vieille cuisinière. Claire tenait sa tasse à deux mains, pieds nus sur les tomettes froides de la longère. Par la fenêtre, la brume collait encore au pré. Puis un grondement sourd a fait trembler les carreaux, et un tracteur vert est apparu, roulant tranquillement au milieu de son herbe.

Il fait chauffer son ballon d'eau chaude la nuit depuis vingt ans : cet automne, sa facture grimpe sans qu'il ait touché à rien

Il fait chauffer son ballon d’eau chaude la nuit depuis vingt ans : cet automne, sa facture grimpe sans qu’il ait touché à rien

Il est six heures et quart, et la cuisine sent encore le café de la veille. Gérard, 64 ans, pose la main sur le tuyau qui sort du placard du cellier, comme chaque matin depuis vingt ans. Le cuivre est tiède, rassurant. Dehors, la pluie d'octobre tapote sur le toit de la véranda, et sur la table attend une enveloppe qu'il n'a pas encore ouverte.

Il ferme sa terrasse en véranda pour passer l'hiver au chaud : en septembre, sa taxe foncière grimpe de 280 euros d'un coup

Il ferme sa terrasse en véranda pour passer l’hiver au chaud : en septembre, sa taxe foncière grimpe de 280 euros d’un coup

Le soleil de février tapait sur les dalles de la terrasse, et Gérard tenait son café à deux mains pour se réchauffer les doigts. Derrière la porte-fenêtre, Annie pliait du linge en écoutant la radio. Il était dix heures, le vent d'ouest faisait claquer la toile du store replié. C'est ce matin-là, en grelottant dehors, qu'il a dit pour la première fois le mot véranda.

Elle sort d'un salon bordelais avec un blond polaire impeccable : trois semaines plus tard, ses longueurs ont viré au jaune paille sans raison apparente

Elle sort d’un salon bordelais avec un blond polaire impeccable : trois semaines plus tard, ses longueurs ont viré au jaune paille sans raison apparente

Il était un peu plus de dix-huit heures, cours de l'Intendance, et la porte vitrée du salon tinta derrière elle. Camille s'arrêta sur le trottoir, attrapa une mèche entre deux doigts et la tourna vers la lumière d'octobre. Un blanc froid, presque argenté, sans la moindre trace de jaune. Dans la vitrine d'en face, son reflet lui renvoya un sourire qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps.

Elle reçoit à Annecy une lampe qu'elle n'a jamais commandée : huit jours plus tard, un SMS lui réclame 39 euros pour l'envoi

Elle reçoit à Annecy une lampe qu’elle n’a jamais commandée : huit jours plus tard, un SMS lui réclame 39 euros pour l’envoi

Un mardi de novembre, vers onze heures, la sonnette a retenti deux fois dans l'escalier de l'immeuble, rue Sommeiller, à Annecy. Hélène, 67 ans, a reposé sa tasse de thé, enfilé ses chaussons et descendu les marches en se tenant à la rampe. Sur le paillasson du hall l'attendait un carton brun, scotché serré, avec son nom écrit sans la moindre faute.

Il achète un lave-linge à moins 40 % un samedi à Rennes : un mois plus tard, le même modèle coûte moins cher sans promotion

Il achète un lave-linge à moins 40 % un samedi à Rennes : un mois plus tard, le même modèle coûte moins cher sans promotion

Un samedi de mars, vers dix heures, le parking de la zone commerciale de Rennes est déjà plein. Dans l'allée de l'électroménager, des affiches jaunes claquent sous la soufflerie du chauffage. Thomas, 41 ans, pose la main sur le hublot d'un lave-linge blanc. Sur l'étiquette, un prix barré à 749 euros, et en dessous, en gros chiffres rouges, 449 euros.

Ils gardent leurs trois petits-enfants chaque mercredi à Besançon : à la Toussaint, ils n'osent plus dire à leur fille qu'ils sont épuisés

Ils gardent leurs trois petits-enfants chaque mercredi à Besançon : à la Toussaint, ils n’osent plus dire à leur fille qu’ils sont épuisés

Il est sept heures quarante, un mercredi d'octobre, et la bouilloire siffle dans la cuisine de Martine et Gérard, à Besançon. Dehors, la portière d'une voiture claque, puis trois paires de baskets martèlent l'escalier. Martine essuie ses mains sur son tablier et sent, avant même d'ouvrir, cette lourdeur dans les épaules qu'elle ne s'avoue pas encore.

Elle ne roule plus que 3 000 kilomètres par an à Nîmes : à la révision, le garagiste lui annonce une batterie et des disques à changer

Elle ne roule plus que 3 000 kilomètres par an à Nîmes : à la révision, le garagiste lui annonce une batterie et des disques à changer

Le rideau métallique du garage remontait dans un grincement, il était à peine huit heures et demie. Monique tenait sa clé dans la main, le porte-clés en forme de cigale tapait contre ses doigts. Dans l'atelier, une radio jouait doucement, une clé à choc claquait au fond. Elle venait pour une révision ordinaire, persuadée que sa voiture, qui roulait si peu, n'avait besoin de rien.