Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle coupe sa frange cheveux mouillés un dimanche soir à Bordeaux : le lendemain matin, une fois sèche, elle s'arrête au milieu du front

Elle coupe sa frange cheveux mouillés un dimanche soir à Bordeaux : le lendemain matin, une fois sèche, elle s’arrête au milieu du front

Dimanche, vingt et une heures passées, à Bordeaux. Dans la petite salle de bains d'un appartement des Chartrons, la buée colle encore au miroir. Camille, une serviette sur les épaules, essuie la glace du revers de la main. Sur le rebord du lavabo, une paire de ciseaux de cuisine attend, posée à côté d'un peigne fin. L'eau goutte de ses mèches sur le carrelage.

Elle se fait colorer en roux cuivré chez sa coiffeuse de Besançon : trois semaines plus tard, la couleur a viré terne sur toute la longueur

Elle se fait colorer en roux cuivré chez sa coiffeuse de Besançon : trois semaines plus tard, la couleur a viré terne sur toute la longueur

Il était presque vingt et une heures, et la buée avait déjà avalé le miroir de la petite salle de bains. Dehors, sur les quais du Doubs, le premier vrai froid de novembre mordait les doigts. Camille, 34 ans, tournait le mitigeur à fond vers la gauche, comme chaque soir. L'eau tambourinait sur le carrelage, et une fine traînée orangée filait doucement vers la bonde.

Il achète une perceuse affichée à moins 40 % sur un site marchand : son beau-frère l'avait payée le même prix une semaine plus tôt

Il achète une perceuse affichée à moins 40 % sur un site marchand : son beau-frère l’avait payée le même prix une semaine plus tôt

Le carton était posé sur la table de la cuisine, encore entouré de son ruban adhésif marron. Il était un peu plus de neuf heures, un samedi de mars, et la bouilloire sifflait derrière Thierry. Il fit glisser la lame du cutter le long du scotch, lentement, avec ce petit crissement satisfaisant. Dedans, la perceuse sentait le plastique neuf.

Elle achète un lave-linge à Amiens et il lâche au vingtième mois : au magasin, on lui tend un contrat d'extension à 89 euros

Elle achète un lave-linge à Amiens et il lâche au vingtième mois : au magasin, on lui tend un contrat d’extension à 89 euros

Le tambour s'est arrêté net, un mardi de novembre, vers sept heures du soir. Dans la petite cuisine de la rue Saint-Fuscien, à Amiens, l'eau grise stagnait derrière le hublot. Nadine a tourné le bouton, puis l'a tourné encore. Un bip aigu a répondu, trois fois, et l'écran a affiché un code qu'elle n'avait jamais vu.

Il relit chaque mail trois fois avant de cliquer sur envoyer : à son entretien annuel, sa cheffe ne lui reproche aucune erreur, seulement sa lenteur

Il relit chaque mail trois fois avant de cliquer sur envoyer : à son entretien annuel, sa cheffe ne lui reproche aucune erreur, seulement sa lenteur

Il est 18 h 40, l'open space s'est vidé, la ventilation ronronne au-dessus des bureaux. Julien a le curseur posé sur le bouton envoyer, l'index immobile. Le mail fait quatre lignes, il l'a déjà relu deux fois. Il remonte en haut de l'écran, vérifie encore le prénom du destinataire, la date, la pièce jointe, puis souffle doucement.

Elle garde ses petits-enfants chaque mercredi à Clermont-Ferrand : en octobre, elle laisse sonner le téléphone quand sa fille appelle

Elle garde ses petits-enfants chaque mercredi à Clermont-Ferrand : en octobre, elle laisse sonner le téléphone quand sa fille appelle

Le téléphone vibre sur la toile cirée, à côté du bol de café refroidi. Il est sept heures quarante, un jeudi d'octobre, et le prénom de Claire s'affiche en lettres blanches. Martine, 64 ans, regarde l'écran sans bouger, la main posée à plat sur la table. Elle compte les vibrations jusqu'à ce que la cuisine retrouve son silence, puis elle se lève pour rincer son bol.

Elle laisse sa voiture neuve trois semaines au parking de la Part-Dieu : au retour, le moteur refuse de tourner une seule fois

Elle laisse sa voiture neuve trois semaines au parking de la Part-Dieu : au retour, le moteur refuse de tourner une seule fois

Il était presque vingt-deux heures, et le niveau moins deux du parking de la Part-Dieu sentait le béton humide et l'essence froide. Claire tirait sa valise, dont une roulette claquait à chaque joint du sol. Elle a appuyé sur le bouton de sa clé, deux fois, trois fois. Aucun clignotant ne s'est allumé, aucun bip n'a répondu dans la pénombre.

À 76 ans, elle paie sa taxe foncière à Poitiers chaque octobre : sa voisine du même âge n'a rien reçu cette année

À 76 ans, elle paie sa taxe foncière à Poitiers chaque octobre : sa voisine du même âge n’a rien reçu cette année

Le facteur est passé à dix heures, comme chaque mardi, dans la petite rue pavillonnaire de Poitiers. Jacqueline, 76 ans, a posé l'enveloppe sur la toile cirée, à côté du bol de café encore tiède. Dehors, le portail de la voisine a grincé. Odette rentrait du marché, un cabas de poireaux au bras, et c'est elle qui a parlé la première.

Il prépare sa retraite près de Metz avec son relevé de carrière en main : ses deux étés à l'usine de 1979 n'apparaissent nulle part

Il prépare sa retraite près de Metz avec son relevé de carrière en main : ses deux étés à l’usine de 1979 n’apparaissent nulle part

Le café refroidissait dans la tasse ébréchée, à côté d'une pile de feuilles imprimées. Dehors, sur la rue de Woippy, un bus freinait en soufflant. Il était un peu plus de sept heures, et Gérard suivait du doigt les lignes de son relevé de carrière, année par année. Arrivé à 1979, son doigt s'est arrêté net, au-dessus d'une case vide.

Il passe le souffleur à feuilles un dimanche matin à Dijon : à 9 heures, le voisin compose le numéro de la police municipale

Il passe le souffleur à feuilles un dimanche matin à Dijon : à 9 heures, le voisin compose le numéro de la police municipale

Le moteur toussa deux fois avant de partir, un ronflement aigu qui rebondit contre les façades de la rue. Il était 8 h 40, ce dimanche de novembre, à Dijon, et le ciel hésitait entre le gris et le blanc. Bernard, 64 ans, ajusta son bonnet, cala le souffleur contre sa hanche et poussa la première vague de feuilles mouillées vers le portail.

Il remplace sa vieille haie de thuyas par des panneaux occultants près de Vannes : trois mois plus tard, la mairie lui réclame une déclaration préalable

Il remplace sa vieille haie de thuyas par des panneaux occultants près de Vannes : trois mois plus tard, la mairie lui réclame une déclaration préalable

Un samedi de mars, vers neuf heures, la tronçonneuse de Yannick toussait dans le brouillard qui montait du golfe. Les thuyas tombaient un à un sur la pelouse détrempée, avec ce craquement sec qui fait sursauter les merles. Sa femme, Nolwenn, tenait une tasse de café sur le perron. Au fond du jardin, les palettes de panneaux gris anthracite attendaient sous une bâche bleue.

Il baisse son plancher chauffant à 15 °C chaque matin avant de partir : en fin de mois, sa facture d'électricité a grimpé de 38 euros

Il baisse son plancher chauffant à 15 °C chaque matin avant de partir : en fin de mois, sa facture d’électricité a grimpé de 38 euros

Il est sept heures dix, à Saint-Jean-de-Braye, et la porte du garage grince en remontant. Thomas pose son café sur le rebord, attrape la télécommande du thermostat accrochée près de l'entrée. Deux pressions, un petit bip, l'écran affiche 15 °C. Dehors, le givre blanchit encore le pare-brise de la Clio. Il sourit, persuadé de faire une bonne affaire avant même d'avoir démarré.

Il ramone lui-même son poêle à bois chaque automne en Ardèche : après un feu de cheminée, l'assureur réclame un papier qu'il n'a jamais eu

Il ramone lui-même son poêle à bois chaque automne en Ardèche : après un feu de cheminée, l’assureur réclame un papier qu’il n’a jamais eu

Il était presque sept heures, ce soir de novembre, et la pluie battait contre les volets de la maison de pierre. Dans le poêle en fonte, une bûche de chêne craquait doucement. Bernard, 64 ans, venait de remettre une buche quand un grondement sourd est monté dans le conduit, comme un train lointain. Puis une odeur âcre a envahi le salon.

Il bouche les grilles de ses fenêtres neuves à Rouen pour garder la chaleur : en novembre, une tache noire grandit derrière l'armoire de la chambre

Il bouche les grilles de ses fenêtres neuves à Rouen pour garder la chaleur : en novembre, une tache noire grandit derrière l’armoire de la chambre

Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre, et dehors la pluie de novembre tambourinait sur le toit de la petite maison de Rouen. Il était sept heures, Didier tirait l'armoire de la chambre pour retrouver une chaussette tombée. Une odeur de cave lui monta au nez. Sur le papier peint beige, une tache noire, large comme une assiette, s'étalait du plinthe jusqu'à mi-hauteur.

Elle refait ses racines dans sa salle de bains à Orléans : six mois plus tard, ses longueurs ont pris deux tons de plus que la boîte

Elle refait ses racines dans sa salle de bains à Orléans : six mois plus tard, ses longueurs ont pris deux tons de plus que la boîte

Le dimanche soir, vers vingt et une heures, la salle de bains de Sandrine sent l'ammoniaque et le café froid. Le pinceau en plastique racle le fond du bol, les gants trop grands crissent à chaque mouvement. Dans le miroir embué de sa maison d'Orléans, elle sépare une raie avec le manche du peigne et regarde les deux centimètres de gris revenus depuis le dernier salon.

Elle accueille son fils de 23 ans dans son appartement de Béziers : deux mois plus tard, la CAF lui réclame 412 euros d'APL

Elle accueille son fils de 23 ans dans son appartement de Béziers : deux mois plus tard, la CAF lui réclame 412 euros d’APL

Sept heures et quart, rue de la Coquille, à Béziers. Nadine pose deux bols sur la toile cirée, la bouilloire siffle, et dans la chambre du fond un réveil sonne pour la troisième fois. Depuis septembre, Théo, vingt-trois ans, est revenu dormir sous son toit. Elle sourit en entendant ses pas traîner dans le couloir. Elle ne se doute pas qu'une enveloppe bleue l'attend déjà.

Elle vaporise un shampoing sec chaque matin avant le tram à Metz : en octobre, son cuir chevelu gratte et ses racines refusent de se relever

Elle vaporise un shampoing sec chaque matin avant le tram à Metz : en octobre, son cuir chevelu gratte et ses racines refusent de se relever

Sept heures dix, rue Mazelle, à Metz. Dans la petite salle de bains, Claire secoue la bombe argentée, le bille métallique claque contre la paroi. Un nuage blanc monte vers le miroir embué, une odeur de coton et de vanille envahit la pièce. Elle frotte ses racines du bout des doigts, attrape son sac, et le tram passe déjà au bout de la rue.

Il attend trois semaines le Black Friday pour un téléviseur à moins 40 % : le prix affiché le 27 novembre était déjà en rayon début novembre

Il attend trois semaines le Black Friday pour un téléviseur à moins 40 % : le prix affiché le 27 novembre était déjà en rayon début novembre

Il était sept heures moins le quart, le 27 novembre, et la cuisine sentait encore le pain grillé. Gérard, 58 ans, faisait défiler l'application du magasin sur son téléphone, le pouce hésitant au-dessus de l'écran. Dehors, la camionnette des poubelles grinçait dans la rue. Sur l'écran, le téléviseur qu'il guettait depuis un mois s'affichait enfin en rouge : moins 40 %.

Elle rappelle le magasin de Lens pour son lave-linge en panne : on lui donne un numéro de fabricant, puis la ligne coupe presque aussitôt

Elle rappelle le magasin de Lens pour son lave-linge en panne : on lui donne un numéro de fabricant, puis la ligne coupe presque aussitôt

Il était un peu plus de 21 heures, un mardi de novembre, dans la petite cuisine de la rue de Douai, à Lens. Le lave-linge a émis trois bips secs, puis plus rien. Nadia s'est accroupie devant le hublot, une serviette à la main, et a vu l'eau grise immobile derrière la vitre, le linge des enfants collé au tambour.

Il gagne une heure de sommeil à Strasbourg le 25 octobre : trois semaines plus tard, il se réveille encore à 5 heures

Il gagne une heure de sommeil à Strasbourg le 25 octobre : trois semaines plus tard, il se réveille encore à 5 heures

La pièce était encore noire quand Thomas a ouvert les yeux, à Strasbourg, dans son appartement de la Krutenau. Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre, et le tram de la première heure grinçait au loin sur les rails. Il a tendu la main vers son téléphone posé sur la table de nuit. L'écran indiquait 4 h 52, et il était parfaitement réveillé, sans espoir de se rendormir.

Elle roule un an avec le voyant airbag allumé sur sa Peugeot à Dijon : au contrôle technique, on lui tend une feuille de contre-visite

Elle roule un an avec le voyant airbag allumé sur sa Peugeot à Dijon : au contrôle technique, on lui tend une feuille de contre-visite

Dijon, un mardi de mars, huit heures dix. Sur le parking du centre de contrôle technique, Nadine coupe le moteur de sa Peugeot 208 et entend le cliquetis du métal qui refroidit. Sur le tableau de bord, un petit pictogramme orange reste allumé, comme depuis un an. Elle n'y prête plus attention. Dans vingt minutes, un homme en blouse grise va lui tendre une feuille qu'elle n'attendait pas.