Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle renvoie son canapé commandé en ligne dans les quatorze jours : sur le virement du remboursement, il manque 90 euros qu'elle n'attendait pas

Elle renvoie son canapé commandé en ligne dans les quatorze jours : sur le virement du remboursement, il manque 90 euros qu’elle n’attendait pas

Dans l'appartement de la rue des Filatiers, à Toulouse, le canapé gris occupait tout le mur du salon. Il était vingt et une heures, la fenêtre ouverte laissait monter le bruit des terrasses. Camille, 34 ans, s'est assise, s'est relevée, puis s'est assise encore. Le tissu grattait un peu sous ses avant-bras, et l'assise penchait vers l'avant. Elle a soupiré, puis elle a attrapé son téléphone.

Elle rapporte son lave-linge en panne au vingtième mois à Lyon : le magasin lui tend un devis d'extension de garantie à 89 euros

Elle rapporte son lave-linge en panne au vingtième mois à Lyon : le magasin lui tend un devis d’extension de garantie à 89 euros

Il était un peu plus de sept heures, un mardi de février, dans la cuisine étroite d'un appartement de la Croix-Rousse. Claire avait lancé un cycle coton avant de réveiller les enfants, comme chaque matin. Le tambour a tourné quelques minutes, puis un claquement sec a résonné contre le carrelage. Ensuite, plus rien, sinon un voyant orange qui clignotait dans la pénombre.

À 52 ans, elle se promet cinq séances de sport par semaine à Tours : mi-octobre, son sac attend toujours dans l'entrée, jamais rouvert

À 52 ans, elle se promet cinq séances de sport par semaine à Tours : mi-octobre, son sac attend toujours dans l’entrée, jamais rouvert

Il est six heures quarante, un lundi de septembre, dans une cuisine de Tours. La bouilloire siffle, le chat gratte à la porte du jardin, et Sylvie, 52 ans, lace des baskets encore raides de neuf. Sur le frigo, sous un aimant en forme de poire, une feuille imprimée affiche cinq cases par semaine. Elle les cochera toutes, elle s'en est fait la promesse.

Elle prête sa Clio à son neveu pour un week-end à Annecy : trois semaines plus tard, un avis de radar arrive à son nom

Elle prête sa Clio à son neveu pour un week-end à Annecy : trois semaines plus tard, un avis de radar arrive à son nom

Le facteur était passé vers onze heures, et l'enveloppe blanche attendait sur le paillasson, entre une publicité de cuisine et la facture d'eau. Martine l'a ramassée en tenant encore son sac de courses. Le logo bleu, en haut à gauche, lui a serré le ventre avant même qu'elle déchire le rabat. Dans la cuisine, le frigo ronronnait, et elle a lu la première ligne debout.

À 63 ans, Martine quitte son poste à Rouen le 30 septembre : le 31 octobre, son compte affiche zéro et aucune pension n'est arrivée

À 63 ans, Martine quitte son poste à Rouen le 30 septembre : le 31 octobre, son compte affiche zéro et aucune pension n’est arrivée

Le 31 octobre, vers sept heures, la pluie tapait contre la fenêtre de la cuisine, rue Saint-Romain, à Rouen. Martine, 63 ans, a posé son bol de café, ouvert l'application de sa banque et fait glisser son pouce. Le solde affichait quatorze euros et quelques centimes. Elle a rafraîchi l'écran deux fois, puis une troisième, en écoutant le frigo ronronner.

Il dépose sa Peugeot 308 pour une simple révision près de Dijon : au retour, la facture affiche trois réparations qu'il n'a jamais signées

Il dépose sa Peugeot 308 pour une simple révision près de Dijon : au retour, la facture affiche trois réparations qu’il n’a jamais signées

Le néon du garage grésillait au-dessus du comptoir, et l'odeur d'huile chaude flottait jusque sur le parking. Il était dix-sept heures quarante, un jeudi de novembre, à quelques kilomètres de Dijon. Thierry, 58 ans, tendait déjà sa carte bancaire quand la secrétaire a fait glisser la facture vers lui. Il a lu le total deux fois, puis il a reposé sa carte.

Elle laisse son beau-frère ramoner la cheminée chaque automne près de Clermont : après le feu de conduit, l'assureur réclame un papier

Elle laisse son beau-frère ramoner la cheminée chaque automne près de Clermont : après le feu de conduit, l’assureur réclame un papier

Le bois craquait dans l'insert, et la pendule de la salle à manger venait de sonner neuf heures. Martine repliait un plaid sur l'accoudoir du canapé quand un grondement sourd est monté du mur, comme un train lointain. Puis une odeur âcre, différente de celle du feu habituel. Dehors, sur le toit, une gerbe d'étincelles rouges s'échappait du conduit dans la nuit froide de novembre.

Il fait poser sa pompe à chaleur contre le mur côté voisin à Angers : un mois plus tard, une lettre parle de « trouble anormal »

Il fait poser sa pompe à chaleur contre le mur côté voisin à Angers : un mois plus tard, une lettre parle de « trouble anormal »

Il était un peu plus de vingt-deux heures, ce soir de novembre, quand le ventilateur s'est remis à tourner dans le jardin. Un souffle grave, régulier, presque rassurant. Thierry, 58 ans, a reposé sa tasse de tisane sur l'accoudoir et souri. Dans la maison voisine, derrière la haie de lauriers, une lampe venait de s'allumer dans la chambre du premier étage.

Il bouche les grilles d'aération de ses fenêtres neuves à Rennes : en décembre, des taches noires envahissent les angles de la chambre

Il bouche les grilles d’aération de ses fenêtres neuves à Rennes : en décembre, des taches noires envahissent les angles de la chambre

Il était sept heures, un mardi de décembre, et la pluie fine de Rennes tapotait contre le double vitrage tout neuf. Thierry, 58 ans, a tiré le rideau de la chambre d'un geste machinal. Une odeur de cave lui est montée au nez. Dans l'angle du plafond, au-dessus de l'armoire, une auréole grise piquetée de points noirs s'étalait comme une carte.

Elle passe son lisseur à 230 °C chaque matin à Grenoble : ses longueurs crépitent sous la plaque et cassent au premier coup de brosse

Elle passe son lisseur à 230 °C chaque matin à Grenoble : ses longueurs crépitent sous la plaque et cassent au premier coup de brosse

Sept heures dix, rue Très-Cloîtres, à Grenoble. La salle de bains sent encore le gel douche à la pêche, la buée glisse lentement sur le miroir. Camille attrape le lisseur posé sur le rebord du lavabo, le voyant rouge affiche 230 °C. Elle pince une première mèche encore fraîche au toucher, et un petit sifflement monte, comme une bouilloire au loin.

Il signe le bon du livreur sans ouvrir le carton à Lille : le lendemain, la cuve du lave-linge neuf est fendue sur toute sa hauteur

Il signe le bon du livreur sans ouvrir le carton à Lille : le lendemain, la cuve du lave-linge neuf est fendue sur toute sa hauteur

Samedi, dix heures moins le quart, rue de Wazemmes. Le camion de livraison ronronnait en double file, warnings allumés, pendant que deux hommes montaient le carton par l'escalier étroit. Karim tenait la porte avec son pied, une tasse de café refroidi à la main. Le livreur lui a tendu un terminal tactile et un stylet en plastique. Il a signé sans lever les yeux du carton.

Elle branche son grille-pain un matin d'hiver à Mulhouse : quatorze mois après l'achat, le magasin lui vend une garantie qu'elle possède déjà

Elle branche son grille-pain un matin d’hiver à Mulhouse : quatorze mois après l’achat, le magasin lui vend une garantie qu’elle possède déjà

Il était sept heures moins dix, rue du Sauvage, et la cuisine sentait encore le café de la veille. Nadia a enfoncé la manette du grille-pain, comme chaque matin, deux tranches de pain de mie à l'intérieur. Le ressort a claqué, sec, puis la manette est remontée toute seule. Pas de chaleur, pas d'odeur, rien. Elle a recommencé trois fois.

À 58 ans, ce Brestois se lève à 6 heures depuis trente ans : depuis le 25 octobre, il traîne une fatigue que rien n'explique

À 58 ans, ce Brestois se lève à 6 heures depuis trente ans : depuis le 25 octobre, il traîne une fatigue que rien n’explique

Le radio-réveil s'allume à 6 heures pile, comme chaque matin depuis trente ans, sur une voix qui annonce du crachin sur le Finistère. Yannick pose les pieds sur le carrelage froid de la cuisine, à Brest, et appuie sur le bouton de la bouilloire. Dehors, il fait nuit noire. Ce matin de novembre, pour la première fois, il reste assis sans bouger, la tasse vide entre les mains.

Elle retrouve un PEL ouvert en 1998 à Clermont-Ferrand : sur sa déclaration, ses intérêts apparaissent désormais dans une case qu'elle ne connaissait pas

Elle retrouve un PEL ouvert en 1998 à Clermont-Ferrand : sur sa déclaration, ses intérêts apparaissent désormais dans une case qu’elle ne connaissait pas

Il était un peu plus de neuf heures, un dimanche d'avril, et la pluie tapait doucement contre la verrière de la cuisine. Nadine avait vidé le tiroir du buffet sur la toile cirée, élastiques, garanties périmées, vieilles cartes de vœux. Entre deux enveloppes jaunies, une chemise cartonnée portait encore le tampon d'une agence de Clermont-Ferrand, daté de 1998.

Il garde la maison vide de sa mère à Poitiers, le temps de décider : en octobre, un avis de taxe d'habitation arrive à son nom

Il garde la maison vide de sa mère à Poitiers, le temps de décider : en octobre, un avis de taxe d’habitation arrive à son nom

La clé tournait mal dans la serrure, comme toujours quand il pleuvait sur Poitiers. Il était un peu plus de neuf heures, ce samedi d'octobre, et Thierry poussa la porte de la maison de sa mère avec l'épaule. Dans l'entrée, le carillon de l'horloge battait encore. Sur le carrelage, sous la fente de la boîte aux lettres, une enveloppe blanche l'attendait à son nom.

Elle garde chaque mercredi ses trois petits-enfants à Lyon depuis quatre ans : en novembre, c'est son propre rendez-vous médical qu'elle annule

Elle garde chaque mercredi ses trois petits-enfants à Lyon depuis quatre ans : en novembre, c’est son propre rendez-vous médical qu’elle annule

Le mercredi, à sept heures quarante, la sonnette retentit deux fois, toujours deux fois. Monique a déjà posé trois bols sur la toile cirée, le lait chauffe doucement dans la casserole cabossée. Dans l'escalier de l'immeuble de la Croix-Rousse, des cartables cognent contre la rampe. Elle essuie ses mains sur son tablier, ouvre la porte, et sourit comme chaque semaine, sans réfléchir.

Il gare son camping-car devant sa maison de Nîmes pour l'hiver : dix jours plus tard, un papillon jaune attend sous l'essuie-glace

Il gare son camping-car devant sa maison de Nîmes pour l’hiver : dix jours plus tard, un papillon jaune attend sous l’essuie-glace

Il était sept heures et demie, un mardi de novembre, et le mistral faisait claquer le volet de la cuisine. Gérard est sorti chercher le pain, la main dans la poche de sa veste. Devant la maison, le camping-car blanc dormait le long du trottoir, comme depuis dix jours. Sous l'essuie-glace, un rectangle de papier jaune tremblait dans le vent.

Il fait sa vidange chez un petit garagiste de Tours pour économiser : le concessionnaire lui annonce que sa garantie constructeur n'existe plus

Il fait sa vidange chez un petit garagiste de Tours pour économiser : le concessionnaire lui annonce que sa garantie constructeur n’existe plus

Le rideau métallique du garage remontait dans un grincement, rue Febvotte, à Tours, un mardi à huit heures moins le quart. Patrick tenait ses clés serrées dans la main, le moteur de sa Peugeot encore tiède derrière lui. Une odeur d'huile chaude et de café flottait sous la tôle. Il avait fait ses comptes la veille au soir, sur le coin de la table de cuisine.

Il demande à son voisin vendéen de rabattre sa haie de thuyas : le voisin sort de son tiroir une photo jaunie datée de l'été 1990

Il demande à son voisin vendéen de rabattre sa haie de thuyas : le voisin sort de son tiroir une photo jaunie datée de l’été 1990

Il était un peu plus de neuf heures, un samedi de mai, et la tondeuse venait de s'arrêter dans un hoquet. Bernard s'est redressé, la main en visière, face au mur vert qui bordait son jardin. Les thuyas du voisin montaient bien au-dessus du toit de l'abri. Sur la terrasse, son café refroidissait déjà, et l'ombre gagnait les tomates.

Elle entend la pompe à chaleur du voisin chaque nuit près de Dijon : l'appareil fait moins de bruit qu'un frigo, et le voisin doit pourtant agir

Elle entend la pompe à chaleur du voisin chaque nuit près de Dijon : l’appareil fait moins de bruit qu’un frigo, et le voisin doit pourtant agir

Il est deux heures du matin à Fénay, au sud de Dijon, et la chambre de Claire donne sur le jardin. La fenêtre est entrouverte, le lotissement dort, aucune voiture ne passe sur la départementale. Puis le ronronnement reprend, grave et régulier, derrière la haie de thuyas. Claire, 58 ans, se redresse dans son lit et compte les secondes jusqu'à ce que ça s'arrête.

Il remplace le vieux grillage au fond de son jardin à Angers : trois semaines plus tard, un courrier de la mairie lui réclame un dossier

Il remplace le vieux grillage au fond de son jardin à Angers : trois semaines plus tard, un courrier de la mairie lui réclame un dossier

Samedi, sept heures et demie, la rosée collait encore aux bottes de Gérard. Au fond du jardin, le vieux grillage vert pendait entre deux piquets rouillés, troué à hauteur de chien. Il a posé sa tasse de café sur le muret, enfilé ses gants, et le premier coup de cisaille a claqué dans le silence du quartier, quelque part entre la Doutre et les bords de Maine.

Elle coupe le chauffage de sa maison de Besançon avant trois semaines chez sa fille : au retour, l'assureur ne rembourse qu'une partie du dégât des eaux

Elle coupe le chauffage de sa maison de Besançon avant trois semaines chez sa fille : au retour, l’assureur ne rembourse qu’une partie du dégât des eaux

La clé a tourné dans la serrure avec un bruit mou, un mardi de février, vers seize heures. Sur le carrelage de l'entrée, une flaque luisait sous la lumière grise du couloir. Monique, 71 ans, a posé sa valise sans la lâcher tout à fait. Une odeur de cave humide montait du cellier, et quelque part, dans le mur, un filet d'eau chuchotait encore.

Il bouche les grilles de ses fenêtres neuves pour garder la chaleur à Rouen : en novembre, des taches noires montent dans les angles de la chambre

Il bouche les grilles de ses fenêtres neuves pour garder la chaleur à Rouen : en novembre, des taches noires montent dans les angles de la chambre

Dehors, la pluie fine de Rouen glissait sur les vitres neuves, et le radiateur de la chambre cliquetait doucement en chauffant. Il était sept heures, un samedi de novembre. Gérard, 64 ans, a tiré l'armoire de quelques centimètres pour récupérer une chaussette tombée. Derrière, dans l'angle du mur, une tache noire, large comme une main, sentait la cave mouillée.

Elle enfile son bonnet sur ses cheveux humides chaque matin à Strasbourg : trois semaines plus tard, des pellicules et une odeur tenace

Elle enfile son bonnet sur ses cheveux humides chaque matin à Strasbourg : trois semaines plus tard, des pellicules et une odeur tenace

Sept heures vingt, quai des Bateliers, à Strasbourg. Le brouillard colle aux vitres du tram, l'Ill fume doucement sous les réverbères. Dans l'entrée de son appartement, Claire attrape son bonnet gris sur le portemanteau et l'enfonce d'un geste sur ses cheveux encore humides. La laine est froide une seconde, puis tiède. Elle claque la porte, dévale l'escalier, et ne pense déjà plus à rien.