Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle se lave les cheveux à l'eau brûlante tout l'hiver à Grenoble : ses racines graissent désormais dès le lendemain matin du shampoing

Elle se lave les cheveux à l’eau brûlante tout l’hiver à Grenoble : ses racines graissent désormais dès le lendemain matin du shampoing

Il est six heures quarante, rue Thiers, et le radiateur de la salle de bains claque doucement en chauffant. Claire tourne le mitigeur jusqu'au bout, côté rouge, et attend que la vapeur couvre le miroir. Dehors, le Vercors est encore noir, le thermomètre affiche moins quatre. Elle plonge la tête sous le jet, ferme les yeux, et pour quelques minutes, l'hiver n'existe plus.

Elle confie son aspirateur robot réparé au magasin de Lyon : au 26e mois, le vendeur lui répond que la garantie est finie depuis deux mois

Elle confie son aspirateur robot réparé au magasin de Lyon : au 26e mois, le vendeur lui répond que la garantie est finie depuis deux mois

Il était sept heures dix, et le café coulait encore dans la cuisine de la Croix-Rousse. Sous le canapé, un cliquetis sec, puis un bip aigu, trois fois répété. Nadia s'est agenouillée sur le parquet froid, sa tasse à la main, et a tiré vers elle le petit disque gris immobile. Le voyant clignotait en rouge, comme quatorze mois plus tôt.

Elle se fait livrer un lave-linge neuf à Tours un samedi matin : l'ancien reste sur le palier, avec une facture de reprise à 25 euros

Elle se fait livrer un lave-linge neuf à Tours un samedi matin : l’ancien reste sur le palier, avec une facture de reprise à 25 euros

Le camion blanc s'est garé en double file rue Colbert, à Tours, un samedi à 9 h 40. Claire, 47 ans, a entendu le hayon claquer depuis son troisième étage. Deux livreurs ont monté le carton en soufflant, posé le lave-linge neuf dans la salle de bains, branché les tuyaux. Vingt minutes plus tard, l'ancienne machine attendait toujours sur le palier, seule.

Elle s'offre une longue sieste chaque dimanche après le repas de famille : le soir, elle fixe le plafond jusqu'à une heure du matin

Elle s’offre une longue sieste chaque dimanche après le repas de famille : le soir, elle fixe le plafond jusqu’à une heure du matin

Le dimanche, vers quinze heures trente, la maison de la rue Kléber retombe dans un calme épais. La vaisselle sèche sur l'égouttoir, le gigot refroidit sous un torchon, et Claire tire le rideau de la chambre en bâillant. Dehors, un tram glisse sur les rails du cours, puis plus rien. Elle s'allonge tout habillée, la couette remontée jusqu'au menton, persuadée de mériter ce moment.

À 67 ans, il se couche une heure plus tôt dès l'heure d'hiver : une semaine plus tard, il ouvre l'œil chaque matin à 5 heures

À 67 ans, il se couche une heure plus tôt dès l’heure d’hiver : une semaine plus tard, il ouvre l’œil chaque matin à 5 heures

Il est 4 h 58 à Pau, et la chambre baigne encore dans le noir. Le radiateur cliquette, la rue Bernadotte se tait, Gérard fixe les chiffres rouges du réveil posé sur la table de nuit. Il a les yeux grands ouverts, l'esprit clair comme en plein après-midi. Pour la quatrième nuit d'affilée, le sommeil l'a quitté bien avant le jour.

Ils chargent leur camping-car pour la Toussaint en Ardèche : sur l'aire de contrôle, la balance affiche 400 kilos de trop

Ils chargent leur camping-car pour la Toussaint en Ardèche : sur l’aire de contrôle, la balance affiche 400 kilos de trop

Il était sept heures moins le quart, un samedi d'octobre, et la porte coulissante du garage grinçait comme chaque fois. Gilles tenait un carton de conserves contre son ventre, Martine comptait les draps sur le capot. Dans l'allée, le camping-car blanc attendait, moteur froid, le réservoir d'eau gargouillant encore du remplissage de la veille. Direction l'Ardèche, comme tous les ans.

À 81 ans, Simone offre 5 000 euros à son petit-fils pour son permis : deux ans plus tard, ses filles réclament la somme chez le notaire

À 81 ans, Simone offre 5 000 euros à son petit-fils pour son permis : deux ans plus tard, ses filles réclament la somme chez le notaire

Il était un peu plus de midi, ce dimanche de mars, dans la cuisine de Simone, rue des Allemands à Metz. Le pot-au-feu frémissait, la radio parlait bas, et Théo venait de souffler ses dix-huit bougies. Sa grand-mère a poussé vers lui une enveloppe kraft, épaisse, glissée entre les pages d'un vieux livre de code de la route. Il a compté deux fois.

Il quitte Rennes pour la Toussaint avec le voyant AdBlue allumé : sur le tableau de bord, un compteur commence à décompter les kilomètres

Il quitte Rennes pour la Toussaint avec le voyant AdBlue allumé : sur le tableau de bord, un compteur commence à décompter les kilomètres

Il était sept heures dix, ce samedi de la Toussaint, et la pluie fine collait aux vitres du break garé rue de Fougères, à Rennes. Thomas chargeait le dernier sac, celui des bottes en caoutchouc des enfants. Le moteur ronronnait déjà, le chauffage soufflait trop fort. Sur le tableau de bord, entre la jauge et le compteur, une petite icône bleue venait de s'allumer.

Elle lance son lave-vaisselle à 23 h depuis quinze ans à Rouen : sur sa facture d'octobre, la moitié de ses heures creuses tombe en plein après-midi

Elle lance son lave-vaisselle à 23 h depuis quinze ans à Rouen : sur sa facture d’octobre, la moitié de ses heures creuses tombe en plein après-midi

Il était 23 h passées, rue Saint-Sever, et la cuisine de Martine sentait encore la soupe de poireaux. Elle a refermé la porte du lave-vaisselle d'un coup de hanche, appuyé sur le bouton, entendu le petit bip familier. Puis l'eau a commencé à couler dans la machine, ce chuintement qu'elle connaît par cœur depuis quinze ans. Sur la table, la facture d'octobre attendait, encore pliée.

Elle quitte son poste fin septembre à Clermont-Ferrand, retraite validée : en octobre, son compte bancaire ne reçoit aucun virement de pension

Elle quitte son poste fin septembre à Clermont-Ferrand, retraite validée : en octobre, son compte bancaire ne reçoit aucun virement de pension

Le dernier jour, la photocopieuse ronronnait encore dans le couloir quand Sylvie a rangé sa tasse ébréchée dans un sac en toile. Il était dix-sept heures, un vendredi de fin septembre, à Clermont-Ferrand. Ses collègues avaient apporté une tarte aux myrtilles et une carte signée de partout. Elle a éteint son écran, posé son badge sur le bureau, et elle est sortie sans se retourner.

Il fait ramoner sa cheminée chaque automne depuis vingt ans près d'Aurillac : après un feu de conduit, l'assureur lui réclame un second certificat

Il fait ramoner sa cheminée chaque automne depuis vingt ans près d’Aurillac : après un feu de conduit, l’assureur lui réclame un second certificat

Il était un peu plus de vingt-deux heures, ce mardi de janvier, dans la maison de Bernard à Ytrac. Le chat dormait sur l'accoudoir, la télévision murmurait un documentaire sur les volcans. Puis il y a eu ce bruit, un grondement sourd, comme un camion qui passerait dans le mur. Bernard a posé sa tasse de tilleul et regardé le poêle.

Elle fait poser sa pompe à chaleur contre le mur du jardin voisin : en novembre, l'homme d'à côté frappe et parle de nuits blanches

Elle fait poser sa pompe à chaleur contre le mur du jardin voisin : en novembre, l’homme d’à côté frappe et parle de nuits blanches

Il était un peu plus de huit heures, un samedi de novembre, et la rue Desjardins sentait encore les feuilles mouillées. Claire, 54 ans, rinçait sa tasse quand trois coups secs ont résonné contre la porte vitrée. Sur le perron, Bernard, son voisin depuis douze ans, tenait un petit carnet à spirale. Il avait les yeux cernés et la voix basse.

Il fait poser des fenêtres neuves dans sa maison de Besançon : en novembre, une tache noire grandit derrière l'armoire de la chambre

Il fait poser des fenêtres neuves dans sa maison de Besançon : en novembre, une tache noire grandit derrière l’armoire de la chambre

Le radiateur cliquetait doucement sous la fenêtre, et dehors, sur la rue de Besançon, la pluie de novembre tombait sans bruit. Il était sept heures, Bernard poussait l'armoire de la chambre pour récupérer une chaussette tombée derrière. Une odeur de cave lui est montée au nez. Sur le papier peint clair, une large tache noire s'étalait jusqu'au plinthe, comme une ombre qui n'aurait pas dû être là.

Elle quitte Lorient pour un appartement près de Montpellier : trois mois plus tard, ses cheveux cassent sous la brosse malgré les mêmes produits

Elle quitte Lorient pour un appartement près de Montpellier : trois mois plus tard, ses cheveux cassent sous la brosse malgré les mêmes produits

Sept heures et quart, la fenêtre de la salle de bains laissait passer une lumière déjà chaude sur le carrelage beige. Gaëlle, 41 ans, passait la brosse dans ses cheveux encore humides, et la brosse accrochait. Un petit bruit sec, comme du papier qu'on froisse, puis un cheveu cassé tombé sur le lavabo blanc. Elle resta là, la brosse en l'air, sans comprendre.

Elle vide sa boîte mail chaque soir sur son canapé à Grenoble : depuis septembre, elle se réveille à 4 heures en pensant au bureau

Elle vide sa boîte mail chaque soir sur son canapé à Grenoble : depuis septembre, elle se réveille à 4 heures en pensant au bureau

Le radiateur cliquetait doucement dans le salon, il était 22 h 40 à Grenoble. Claire, les jambes repliées sous un plaid gris, faisait défiler ses mails sur son ordinateur posé sur les genoux. Le chat dormait contre sa hanche, la tisane refroidissait sur la table basse. Un clic, une réponse courte, un autre clic. Elle aimait ce petit bruit sec des messages archivés.

Il rapporte son lave-linge en panne après vingt mois à Dijon : au magasin, on lui tend un devis de 240 euros pour la réparation

Il rapporte son lave-linge en panne après vingt mois à Dijon : au magasin, on lui tend un devis de 240 euros pour la réparation

Dimanche, neuf heures et quart, dans la buanderie d'une maison de Chenôve, près de Dijon. Le tambour tournait depuis vingt minutes quand le bruit a changé : un claquement sec, puis plus rien. Thomas, 41 ans, a posé sa tasse de café sur la machine encore tiède. L'écran affichait un code d'erreur, E21, et l'eau grise stagnait derrière le hublot.

Il appelle son fils chaque dimanche depuis sa cuisine de Tours : depuis la rentrée, le téléphone sonne une fois sur trois, sans explication

Il appelle son fils chaque dimanche depuis sa cuisine de Tours : depuis la rentrée, le téléphone sonne une fois sur trois, sans explication

Dimanche, dix-huit heures, dans la cuisine d'une maison de briques près des bords du Cher. La radio murmure les résultats sportifs, le téléphone est posé à plat sur la toile cirée, écran vers le haut. Gérard, 68 ans, essuie deux fois la même tasse. Il attend l'appel de son fils, comme chaque semaine depuis douze ans, et l'appel ne vient pas.

Ils chargent leur camping-car pour la Toussaint en Ardèche : sur la balance des gendarmes, l'écran affiche 280 kilos de trop

Ils chargent leur camping-car pour la Toussaint en Ardèche : sur la balance des gendarmes, l’écran affiche 280 kilos de trop

Il était un peu plus de dix heures, ce samedi d'octobre, et la brume traînait encore sur la route d'Aubenas. Philippe roulait doucement, une main sur le volant, l'autre posée sur le thermos tiède. À l'arrière, les enfants se disputaient une tablette. Puis il a vu le gilet jaune, le geste du bras, et la flèche orange qui l'envoyait vers l'aire de contrôle.

À 67 ans, elle loue sa chambre d'amis aux touristes de La Rochelle : en octobre, le fisc lui écrit avec le montant exact de ses recettes

À 67 ans, elle loue sa chambre d’amis aux touristes de La Rochelle : en octobre, le fisc lui écrit avec le montant exact de ses recettes

La lettre attendait sous le pot de géraniums, pliée en deux par le facteur pressé. Il était un peu plus de onze heures, un mardi d'octobre, et le vent de l'Atlantique faisait claquer le volet de la cuisine. Monique a reconnu le logo bleu avant même de mettre ses lunettes. Dans le salon, la chambre d'amis était refaite, les draps de l'été rangés dans l'armoire.

Il part à la retraite le 1er octobre à Clermont-Ferrand : le 31, son compte affiche toujours zéro euro de pension versée

Il part à la retraite le 1er octobre à Clermont-Ferrand : le 31, son compte affiche toujours zéro euro de pension versée

Le 31 octobre, vers sept heures du soir, la lumière de la cuisine tombait sur le relevé ouvert à côté du bol de soupe. Gérard faisait défiler son application bancaire avec le pouce, une fois, deux fois, puis une troisième. Dehors, une voiture passait sur les pavés mouillés de la rue. Sur l'écran, aucune ligne nouvelle, aucun virement, rien depuis son dernier salaire de septembre.

Elle coupe le chauffage de sa maison du Morvan pour trois semaines : au retour, l'assureur refuse de payer le dégât des eaux

Elle coupe le chauffage de sa maison du Morvan pour trois semaines : au retour, l’assureur refuse de payer le dégât des eaux

Dans la cuisine, le compteur électrique a cliqué une dernière fois, puis plus rien. Il était sept heures, ce 4 janvier, et le givre dessinait des fougères sur la vitre au-dessus de l'évier. Monique, 68 ans, a refermé le tableau, enfilé son manteau, tiré la valise jusqu'à la porte. Trois semaines à Lyon chez sa fille, et la maison du Morvan dormirait au froid.

Il fait poser sa pompe à chaleur contre le mur du voisin à Angers : trois semaines plus tard, la mairie lui transmet une plainte

Il fait poser sa pompe à chaleur contre le mur du voisin à Angers : trois semaines plus tard, la mairie lui transmet une plainte

Il était six heures quarante, un mardi de novembre, et le jardin d'Angers baignait encore dans un gris humide. Patrick, en chaussons, tenait son café d'une main et posait l'autre à plat sur le carénage blanc de sa pompe à chaleur. L'appareil soufflait doucement, un ronronnement régulier. Il souriait, comme on sourit devant une chose qu'on a payée cher.

Elle se couche à 21 h chaque soir à Grenoble pour récupérer : une heure plus tard, elle fixe toujours le plafond, les yeux grands ouverts

Elle se couche à 21 h chaque soir à Grenoble pour récupérer : une heure plus tard, elle fixe toujours le plafond, les yeux grands ouverts

Il est 21 h 04, rue Thiers, à Grenoble. Claire tire le rideau sur les lumières du Vercors, pose son téléphone face contre la table de nuit et éteint la lampe d'un geste sec. Le radiateur cliquette en refroidissant. Elle ferme les yeux, persuadée que ce soir sera le bon. À 22 h 10, elle les a toujours ouverts.

Il bouche les grilles de ses fenêtres neuves pour garder la chaleur : en novembre, une tache noire grandit derrière l'armoire de la chambre

Il bouche les grilles de ses fenêtres neuves pour garder la chaleur : en novembre, une tache noire grandit derrière l’armoire de la chambre

Il était sept heures, ce samedi de novembre, et la chambre sentait le placard fermé depuis trop longtemps. Gérard a tiré l'armoire de chêne vers lui, les pieds ont grincé sur le parquet. Derrière, à hauteur de hanche, une tache noire s'étalait sur le papier peint, large comme un plateau. Il a passé le doigt dessus : c'était humide, un peu gras, presque froid.