Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle répond chaque soir aux messages de son chef depuis son canapé lyonnais : à l'entretien annuel, on lui reproche d'être « toujours fatiguée »

Elle répond chaque soir aux messages de son chef depuis son canapé lyonnais : à l’entretien annuel, on lui reproche d’être « toujours fatiguée »

Il est 21 h 47, la vaisselle sèche sur l'égouttoir et la télévision murmure un documentaire que personne ne regarde. Sur l'accoudoir du canapé, le téléphone vibre deux fois, bref, sec. Claire, 38 ans, tend la main sans même tourner la tête. Dans son appartement de la Croix-Rousse, à Lyon, c'est devenu un réflexe, presque une respiration du soir.

Elle achète une friteuse à air affichée moins quarante pour cent à Metz : trois semaines plus tôt, elle l'avait vue au même prix

Elle achète une friteuse à air affichée moins quarante pour cent à Metz : trois semaines plus tôt, elle l’avait vue au même prix

Le samedi matin, la zone commerciale d'Augny sentait le café de station-service et le bitume mouillé. Nadine poussait un chariot dont une roue grinçait à chaque mètre. Il était dix heures dix. Au bout de l'allée du petit électroménager, une étiquette rouge vif clignotait presque sous les néons : friteuse à air, moins quarante pour cent, prix barré, offre limitée.

Elle se réveille chaque matin à 5 heures à Lorient depuis fin octobre : trois semaines plus tard, son réveil n'a toujours pas sonné une seule fois

Elle se réveille chaque matin à 5 heures à Lorient depuis fin octobre : trois semaines plus tard, son réveil n’a toujours pas sonné une seule fois

Le radiateur cliquetait doucement dans la chambre, et dehors, la rue de Lorient était encore noire. Sur la table de nuit, les chiffres rouges affichaient 4 h 58. Claire, 47 ans, fixait le plafond, les yeux grands ouverts, le corps parfaitement réveillé. Pour la neuvième nuit d'affilée, elle savait déjà qu'elle ne se rendormirait pas avant que la ville s'éveille.

À 76 ans, il paie sa taxe foncière à Poitiers comme chaque automne : au club de belote, sa voisine affirme n'avoir rien versé cette année

À 76 ans, il paie sa taxe foncière à Poitiers comme chaque automne : au club de belote, sa voisine affirme n’avoir rien versé cette année

Le radiateur du club des aînés claquait par à-coups, et les cartes glissaient sur la nappe en toile cirée. Il était un peu plus de quinze heures, un jeudi d'octobre, à Poitiers. Gérard venait d'annoncer un tierce quand Monique, sa voisine de rue, a posé son jeu. Elle a dit, sans malice, qu'elle n'avait rien payé de taxe foncière cette année.

Elle hérite de la petite maison charentaise de sa tante sans enfants : chez le notaire, la facture fiscale atteint 61 600 euros

Elle hérite de la petite maison charentaise de sa tante sans enfants : chez le notaire, la facture fiscale atteint 61 600 euros

Le volet de la cuisine grinçait toujours au même endroit, un petit cri métallique quand le vent tournait sur la vallée. Ce samedi d'octobre, vers dix heures, Claire a posé les clés sur la toile cirée à carreaux jaunes. L'odeur de cire et de pomme était intacte. Sa tante Odette n'était plus là, mais la maison, elle, semblait attendre quelqu'un.

Il part à la retraite à Dijon avec un budget calé au centime : fin octobre, seule sa complémentaire est arrivée sur son compte

Il part à la retraite à Dijon avec un budget calé au centime : fin octobre, seule sa complémentaire est arrivée sur son compte

Le 31 octobre, vers sept heures, la bouilloire sifflait dans la cuisine d'un pavillon de Chenôve, à la sortie de Dijon. Bernard, 62 ans, avait posé sa tablette contre le sucrier pour consulter son compte, comme chaque matin depuis un mois. Un seul virement apparaissait, celui de sa complémentaire. Il a fait défiler l'écran deux fois, puis il a appelé sa femme.

Il remplace son vieux grillage par une palissade de 1,80 mètre près d'Angers : trois semaines plus tard, la mairie lui réclame un dossier complet

Il remplace son vieux grillage par une palissade de 1,80 mètre près d’Angers : trois semaines plus tard, la mairie lui réclame un dossier complet

Samedi, huit heures et quart, la tarière thermique toussait au fond du jardin, près des Ponts-de-Cé. Thierry, 58 ans, tenait le premier poteau bien droit pendant que Nadine versait le béton rapide dans le trou. L'air sentait la terre mouillée et le sapin traité. De l'autre côté du vieux grillage, le chien des voisins aboyait sans conviction, comme chaque matin depuis onze ans.

Il confie la révision de sa voiture neuve au garagiste de son village : au concessionnaire, on lui annonce que sa garantie est perdue

Il confie la révision de sa voiture neuve au garagiste de son village : au concessionnaire, on lui annonce que sa garantie est perdue

Le moteur tournait encore au ralenti devant l'atelier, et l'odeur d'huile chaude flottait sous le hangar de tôle. Il était huit heures moins le quart, à Saint-Clar, dans le Gers. Gérard, 64 ans, tendait ses clés à Bruno par-dessus l'établi, comme il le faisait depuis trente ans. Sa voiture avait dix-huit mois, et c'était sa première vraie révision.

Elle ferme sa maison du Cantal pour l'hiver chez sa fille : en février, l'assureur lui lit une clause qu'elle n'avait jamais ouverte

Elle ferme sa maison du Cantal pour l’hiver chez sa fille : en février, l’assureur lui lit une clause qu’elle n’avait jamais ouverte

Le volet de la cuisine a grincé une dernière fois, puis la clé a tourné deux fois dans la serrure. Il était sept heures, ce matin de novembre, et le brouillard couvrait encore les prés autour de la maison. Josiane a posé sa valise dans le coffre de la Clio, a regardé la façade de pierre grise, et elle est partie rejoindre sa fille à Lyon pour l'hiver.

Il bouche les entrées d'air de ses fenêtres neuves à Rouen : en décembre, des taches noires couvrent le mur derrière l'armoire de la chambre

Il bouche les entrées d’air de ses fenêtres neuves à Rouen : en décembre, des taches noires couvrent le mur derrière l’armoire de la chambre

Un samedi de décembre, vers dix heures, Patrick pousse l'armoire de la chambre pour récupérer une chaussette tombée derrière. Le meuble racle le parquet avec un bruit sourd. Une odeur de cave lui monte au nez. Sur le plâtre blanc, à hauteur de genou, une constellation de petites taches noires s'étale, humide sous le doigt, dans une maison qu'il croyait enfin parfaite.

Elle demande un blond à Nantes après deux ans de henné : la coiffeuse coupe d'abord une mèche et la plonge dans un bol

Elle demande un blond à Nantes après deux ans de henné : la coiffeuse coupe d’abord une mèche et la plonge dans un bol

Un mardi de mars, vers dix heures, le salon de la rue Kervégan sentait encore le café du matin. Un séchoir ronronnait au fond, une radio murmurait des chansons des années quatre-vingt. Claire, 34 ans, s'est assise dans le fauteuil, a défait sa pince et laissé tomber ses cheveux cuivrés sur ses épaules. Elle a dit, en souriant : cette fois, je veux du blond.

Il refuse de noter ses tâches du soir, persuadé que ça l'angoisserait : sa femme, elle, s'endort désormais avant lui chaque nuit

Il refuse de noter ses tâches du soir, persuadé que ça l’angoisserait : sa femme, elle, s’endort désormais avant lui chaque nuit

Il est 23 h 40 à Villeurbanne, et le radiateur de la chambre claque en refroidissant. Nadine a posé son stylo sur un petit carnet à spirale, refermé d'un geste sec. À côté d'elle, Thierry regarde le plafond, les bras croisés sur la couette. Dix minutes plus tard, elle respire lentement. Lui compte encore les rendez-vous du lendemain, un par un, dans le noir.

Il roule vers le Jura chez sa sœur pour la Toussaint : à l'entrée d'un village, un panneau bleu l'oblige à se garer sur le bas-côté

Il roule vers le Jura chez sa sœur pour la Toussaint : à l’entrée d’un village, un panneau bleu l’oblige à se garer sur le bas-côté

Le moteur tournait encore, les essuie-glaces battaient doucement contre une bruine froide. Il était un peu plus de quinze heures, ce samedi de Toussaint, sur une départementale qui grimpe vers les Rousses. Gérard avait le pied sur le frein, la Peugeot arrêtée sur le gravier du bas-côté. Devant lui, à l'entrée du village, un panneau rond et bleu qu'il n'avait jamais remarqué.

Il décroche, le numéro affiché est bien celui de son agence : trois semaines plus tard, sa banque refuse de lui rendre 7 400 euros

Il décroche, le numéro affiché est bien celui de son agence : trois semaines plus tard, sa banque refuse de lui rendre 7 400 euros

Le mardi soir, vers dix-huit heures quarante, Gérard épluchait des pommes de terre au-dessus de l'évier. La radio parlait de la météo du week-end, le chien dormait contre la porte-fenêtre. Son portable a vibré sur la toile cirée. Sur l'écran, il a reconnu le numéro de son agence, celui qu'il compose depuis vingt ans, et il a essuyé ses mains avant de décrocher.

Il fait contrôler sa Clio en mars pour la vendre près de Caen : en octobre, l'acheteur repart de la préfecture sans carte grise

Il fait contrôler sa Clio en mars pour la vendre près de Caen : en octobre, l’acheteur repart de la préfecture sans carte grise

Le moteur tournait au ralenti dans la cour, un mardi de mars, vers huit heures. Thierry, 58 ans, essuyait le pare-brise de sa Clio avec un vieux torchon, le souffle formant de petits nuages devant lui. Sur le siège passager, une pochette plastique attendait le procès-verbal. Il partait au centre de contrôle technique d'Hérouville, persuadé de régler la dernière formalité avant la vente.

Elle retrouve le chèque d'anniversaire de sa marraine dans un tiroir : au guichet de Reims, la conseillère le lui rend sans l'encaisser

Elle retrouve le chèque d’anniversaire de sa marraine dans un tiroir : au guichet de Reims, la conseillère le lui rend sans l’encaisser

Le tiroir du buffet coinçait toujours un peu, il fallait le soulever en tirant. Ce dimanche de fin août, vers dix heures, Camille cherchait le carnet de santé du chat. Entre deux factures d'électricité, une enveloppe bleue a glissé sur le parquet. À l'intérieur, l'écriture penchée de sa marraine, une carte avec des ballons, et un chèque de cent cinquante euros.