Emilie Morlaes, les bohémiennes coiffure

Emilie Morlaes

Ancienne gérante du salon Les Bohémiennes Coiffure, Émilie partage son expérience de la coiffure, des soins capillaires et de la beauté. Elle décrypte les tendances et propose des conseils pratiques issus de son expérience du terrain.
Elle se couche une heure plus tôt dès le changement d'heure d'octobre : une semaine plus tard, elle ouvre les yeux chaque nuit à 4 h 30

Elle se couche une heure plus tôt dès le changement d’heure d’octobre : une semaine plus tard, elle ouvre les yeux chaque nuit à 4 h 30

Le radiateur cliquetait doucement dans la chambre, et l'écran du réveil affichait 4 h 30 en chiffres rouges. Claire fixait le plafond, les yeux grands ouverts, parfaitement lucide. Dehors, la rue de Tours dormait sous une bruine fine, un seul lampadaire grésillait. C'était la cinquième nuit d'affilée, et elle sentait déjà, dans sa nuque raide, que la journée serait longue.

Elle passe à 80 % pour souffler un peu à la rentrée : sur la fiche de paie d'octobre, le taux d'impôt n'a pas bougé d'une virgule

Elle passe à 80 % pour souffler un peu à la rentrée : sur la fiche de paie d’octobre, le taux d’impôt n’a pas bougé d’une virgule

Le radiateur cliquetait sous la fenêtre de la cuisine, un mardi soir d'octobre, vers vingt et une heures. Nathalie avait poussé les assiettes du dîner sur le côté pour étaler l'enveloppe beige arrivée le matin. Elle a passé l'ongle sous le rabat, déplié la feuille, puis cherché la ligne du bas, celle qu'on regarde toujours en premier, avant tout le reste.

Il remplace son vieux grillage par un muret de parpaings au fond du jardin : un mois plus tard, une lettre de la mairie d'Angers l'attend

Il remplace son vieux grillage par un muret de parpaings au fond du jardin : un mois plus tard, une lettre de la mairie d’Angers l’attend

Samedi, huit heures et quart, la bétonnière tournait déjà au fond du jardin, avec ce raclement sourd qui fait fuir les merles. Gérard, 64 ans, posait le troisième rang de parpaings, le niveau à bulle coincé entre les dents. Derrière lui, l'ancien grillage roulé gisait dans l'herbe humide, tordu comme un vieux sommier. Il ne savait pas encore qu'une enveloppe allait suivre.

Elle retrouve ses cheveux par poignées sur l'oreiller fin septembre : trois flacons d'ampoules plus tard, la brosse se remplit toujours autant

Elle retrouve ses cheveux par poignées sur l’oreiller fin septembre : trois flacons d’ampoules plus tard, la brosse se remplit toujours autant

Il était sept heures dix, la radio grésillait dans la cuisine et le carrelage de la salle de bains était encore froid sous ses pieds. Claire a passé la brosse une fois, deux fois, puis s'est arrêtée net. Entre les picots, une touffe brune, épaisse, enroulée comme un petit nid. Sur l'oreiller, en remontant, elle en avait déjà ramassé une autre.

Elle fait poser un grillage le long des vieux piquets du jardin : le voisin arrive avec un plan et parle de quarante centimètres

Elle fait poser un grillage le long des vieux piquets du jardin : le voisin arrive avec un plan et parle de quarante centimètres

Il était huit heures et quart, un samedi de mars, et la rosée collait encore aux bottes d'Hélène. Au fond du jardin, la tarière de Kevin, l'artisan, mordait la terre avec un grondement sourd. Les rouleaux de grillage vert attendaient contre la haie, encore cerclés de fil de fer. Hélène tenait son café d'une main et, de l'autre, comptait les vieux piquets de bois à voix basse.

Elle fait un balayage blond avant de quitter la Bretagne pour Reims : six semaines plus tard, ses mèches virent au cuivré terne

Elle fait un balayage blond avant de quitter la Bretagne pour Reims : six semaines plus tard, ses mèches virent au cuivré terne

Le carton marqué « salle de bains » trônait encore au milieu du couloir, ouvert sur le côté. Il était sept heures et demie, la chaudière du nouvel appartement ronronnait derrière la cloison. Claire a allumé la lumière au-dessus du lavabo, a relevé ses cheveux encore humides et s'est figée devant le miroir, une mèche entre les doigts.

Il s'allonge chaque après-midi depuis sa retraite à Montpellier : le soir, il fixe encore le plafond de sa chambre à deux heures du matin

Il s’allonge chaque après-midi depuis sa retraite à Montpellier : le soir, il fixe encore le plafond de sa chambre à deux heures du matin

Il est quatorze heures dix, et les volets de la chambre sont tirés à moitié sur la chaleur de Montpellier. Gérard pose ses lunettes sur la table de nuit, à côté du verre d'eau, puis s'allonge sur le dessus-de-lit. Dans la rue, un scooter passe, une cigale insiste dans le pin du voisin. Il ferme les yeux avec la satisfaction tranquille d'un homme qui a mérité son repos.

Elle gonfle ses pneus à la station près de Besançon en septembre : un matin de décembre, le voyant orange s'allume sans aucune crevaison

Elle gonfle ses pneus à la station près de Besançon en septembre : un matin de décembre, le voyant orange s’allume sans aucune crevaison

Il était sept heures dix, ce mardi de décembre, et le pare-brise de la Clio grise portait encore une fine pellicule de givre. Sandrine grattait le verre avec une vieille carte de fidélité, le moteur ronronnait doucement dans la cour. Dehors, moins quatre degrés sur le thermomètre de la cuisine. Elle s'est assise, a bouclé sa ceinture, et un petit voyant orange s'est allumé.

Elle démarre sa voiture un matin d'octobre à Clermont-Ferrand : le voyant des pneus s'allume, et le garagiste ne trouve aucun clou

Elle démarre sa voiture un matin d’octobre à Clermont-Ferrand : le voyant des pneus s’allume, et le garagiste ne trouve aucun clou

Il était sept heures dix, rue de l'Oradou, à Clermont-Ferrand. Le pare-brise de la Clio était couvert d'une fine buée blanche, et Nadia grattait le coin du verre avec sa carte de fidélité. Le moteur tournait au ralenti, le chauffage soufflait encore de l'air froid. Puis un petit pictogramme orange s'est allumé au milieu du tableau de bord, accompagné d'un bip sec.

Elle vend cent quarante vêtements de ses enfants en ligne cette année : un message lui annonce que ses ventes partiront au fisc

Elle vend cent quarante vêtements de ses enfants en ligne cette année : un message lui annonce que ses ventes partiront au fisc

Il était presque vingt-deux heures, la machine à laver tournait dans la buanderie, et Camille pliait un petit blouson bleu sur la table de la cuisine. Le téléphone a vibré contre le bois, juste à côté du rouleau de scotch. Elle pensait à une acheteuse pressée. C'était un message de la plateforme, avec un mot qu'elle n'attendait pas : administration fiscale.

Elle verse 300 euros chaque mois pour l'Ehpad de sa mère : une collègue remarque la case vide sur sa déclaration de revenus

Elle verse 300 euros chaque mois pour l’Ehpad de sa mère : une collègue remarque la case vide sur sa déclaration de revenus

Il était midi et quart, la salle de pause sentait le café réchauffé et la soupe au potiron. Nathalie avait posé son ordinateur portable entre deux gobelets, le site des impôts ouvert sur la page des charges. Le micro-ondes a sonné trois fois. Derrière elle, Sylvie s'est penchée, un yaourt à la main, et a demandé pourquoi la ligne était vide.

Elle laisse son voisin traverser sa cour depuis trente ans : au moment de vendre, il réclame un droit de passage devant le notaire

Elle laisse son voisin traverser sa cour depuis trente ans : au moment de vendre, il réclame un droit de passage devant le notaire

Il était sept heures et quart, un mardi de mars, et le gravier crissait déjà sous les pneus de la vieille Kangoo. Monique, 71 ans, tenait sa tasse de café à deux mains derrière la fenêtre de la cuisine. Comme chaque matin depuis trente ans, Gérard traversait sa cour au pas, levait la main, et disparaissait derrière la haie de lauriers.

Il ramone lui-même sa cheminée depuis vingt ans à chaque automne : en novembre, un feu de conduit et une lettre de l'assureur qui réclame un papier

Il ramone lui-même sa cheminée depuis vingt ans à chaque automne : en novembre, un feu de conduit et une lettre de l’assureur qui réclame un papier

Le hérisson métallique remontait le conduit avec un bruit de râpe, et une fine poussière noire tombait dans le seau posé sur l'âtre. Il était dix heures, un samedi d'octobre, et Gérard, 64 ans, tenait les cannes à deux mains, le front couvert de suie. Dans la cuisine, Martine passait l'aspirateur en soupirant. Comme chaque automne depuis vingt ans, la cheminée était prête pour l'hiver.

Elle remplace ses vieilles fenêtres en bois pour réduire sa facture : dès les premiers froids, des taches noires envahissent les angles de sa chambre

Elle remplace ses vieilles fenêtres en bois pour réduire sa facture : dès les premiers froids, des taches noires envahissent les angles de sa chambre

Il était sept heures, un mardi de novembre, et le radiateur claquait doucement en se remettant à chauffer. Sylvie a tiré le rideau de la chambre, a passé la main sur la vitre neuve, tiède, parfaitement sèche. Puis elle a baissé les yeux vers l'angle du mur, derrière la table de nuit. Une ombre grise, presque une salissure, qu'elle n'avait jamais vue là.

Il gare sa voiture neuve trois semaines au parking de l'aéroport de Lyon : au retour de la Toussaint, le tableau de bord reste entièrement noir

Il gare sa voiture neuve trois semaines au parking de l’aéroport de Lyon : au retour de la Toussaint, le tableau de bord reste entièrement noir

Il était presque vingt-trois heures, et le parking P5 de l'aéroport de Lyon sentait le kérosène froid et la pluie d'automne. Julien, 41 ans, tirait deux valises à roulettes qui claquaient sur chaque joint du bitume. Derrière lui, sa fille somnolait contre l'épaule de sa mère. Il a appuyé sur la clé, une fois, deux fois. Aucun clignotant ne s'est allumé.

Elle fait remplacer les vieilles fenêtres de sa maison des années 70 : au premier hiver, des taches noires envahissent les angles des chambres

Elle fait remplacer les vieilles fenêtres de sa maison des années 70 : au premier hiver, des taches noires envahissent les angles des chambres

Il était sept heures du matin, un mardi de janvier, et le radiateur de la chambre cliquetait doucement en chauffant. Sylvie, 58 ans, a tiré le lit pour ramasser une chaussette tombée contre le mur. Derrière la tête de lit, dans l'angle, une tache noire s'étalait comme une ombre mouillée. Elle a passé le doigt dessus, et une odeur de cave lui est montée au nez.

Elle vide son Livret A un 3 novembre pour payer sa toiture : le 30, sa banquière lui montre les jours d'intérêts envolés

Elle vide son Livret A un 3 novembre pour payer sa toiture : le 30, sa banquière lui montre les jours d’intérêts envolés

Le 3 novembre, vers huit heures, la bouilloire sifflait dans la cuisine de Martine, à Montluçon. Sur la toile cirée, le devis du couvreur, plié en quatre, gardait encore la trace d'une tasse de café. Elle a ouvert l'application de sa banque, glissé le doigt sur l'écran, tapé douze mille euros. Un petit bruit de validation, et le Livret A affichait presque zéro.

Elle tond sa pelouse un dimanche à 13 heures sous le dernier soleil d'octobre : son voisin menace d'appeler la mairie avant la fin du premier rang

Elle tond sa pelouse un dimanche à 13 heures sous le dernier soleil d’octobre : son voisin menace d’appeler la mairie avant la fin du premier rang

Le moteur toussa deux fois, puis la tondeuse rouge se mit à ronronner au fond du jardin. Il était treize heures passées, un dimanche d'octobre, et le soleil chauffait encore les dalles de la terrasse. Nadine poussait la machine en ligne droite, les manches relevées, l'odeur d'herbe coupée dans le nez. Derrière la haie de thuyas, une fenêtre s'ouvrit brusquement.

Il s'offre une sieste d'une heure et demie chaque après-midi : depuis sa retraite, il fixe le plafond jusqu'à une heure du matin

Il s’offre une sieste d’une heure et demie chaque après-midi : depuis sa retraite, il fixe le plafond jusqu’à une heure du matin

Il est une heure dix du matin et le réfrigérateur ronronne au fond de la cuisine. Gérard, 63 ans, est allongé sur le dos, les yeux ouverts sur le plafond où passe parfois la lueur d'une voiture. À côté de lui, Martine respire lentement. Lui compte les fissures du plâtre, comme chaque nuit depuis trois semaines, sans comprendre pourquoi le sommeil refuse de venir.

Elle vide le bureau de sa mère et retrouve un relevé rennais : la banque répond que le compte de 3 000 euros est clôturé depuis 2016

Elle vide le bureau de sa mère et retrouve un relevé rennais : la banque répond que le compte de 3 000 euros est clôturé depuis 2016

Il était un peu plus de quatre heures, ce dimanche de novembre, et la pluie tapait contre la fenêtre de la chambre d'amis. Nathalie tirait sur le dernier tiroir du secrétaire, celui qui coinçait toujours. Le bois a grincé, une odeur de papier ancien est montée. Sous une pile de cartes postales, une enveloppe à l'en-tête d'une banque rennaise, jaunie aux coins.

À 67 ans, il reçoit une montre de ses enfants pour marcher chaque jour : trois semaines plus tard, elle dort au fond d'un tiroir de cuisine

À 67 ans, il reçoit une montre de ses enfants pour marcher chaque jour : trois semaines plus tard, elle dort au fond d’un tiroir de cuisine

Sept heures et quart, un matin de mars, et la montre vibre contre le poignet de Gérard avant même qu'il ait posé un pied sur le carrelage froid. Sur l'écran, un petit zéro clignote, têtu. Dans la cuisine, la bouilloire siffle, le chien gratte la porte. Gérard, 67 ans, enfile ses chaussures de marche en soupirant : il lui reste dix mille pas à faire.